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Cycles historiques et moyen âge
Marie-Françoise TOURET
Nous avons été nourris dans la conviction que l'histoire connaît un déroulement linéaire, lié à un progrès continu qui a mené l'humanité de l'Antiquité aux Temps Modernes en passant par le Moyen Age. On peut voir dans cette conception moderne un héritage laïcisé de la pensée hébraïque pour laquelle l'histoire conduit à l'avènement du Messie et de la pensée chrétienne pour laquelle l'histoire se concluera par le retour du Christ et l'accomplissement des temps.

Cependant, il est une loi universelle à laquelle est soumis tout ce qui existe dans la nature, du minéral à l'humain en passant par le végétal et l'animal : tout naît, grandit, vieillit et meurt. Et les civilisations n'échappent pas à cette cyclicité.

 

La notion de cycles historiques remonte en fait à la plus haute antiquité et se retrouve dans les différentes traditions. La conception hindoue des quatre Yugas rappelle celle que développe Hésiode dans "Les travaux et les jours" : à l'âge d'or, règne de Chronos, assimilable au paradis terrestre, succèdent l'âge d'argent, puis l'âge d'airain et enfin l'âge de fer. On a entendu parler de la grande année platonicienne, fonction de calculs astronomiques, qui dure entre 12 et 13 000 ans (1). Le temps, explique Platon dans le Timée, "décrit des cycles au rythme du nombre".

 

On peut rapprocher de cela le point de vue anthropologique de Mircéa Eliade qui a développé la théorie de l'éternel retour, lié à une conception cyclique du temps qui revient à son point de départ, avec l'apport de l'expérience acquise, dans une spirale ascendante.

 

Un certain nombre d'historiens, au cours des siècles, ont repris la conception de Platon dans La République, concernant l'évolution politique des sociétés dans laquelle il distingue quatre phases : la théocratie (gouvernement divin), la timocratie (gouvernement des meilleurs), l'oligarchie (gouvernement des plus riches). La quatrième phase est celle de la décadence, qui conduit à la démocratie égalitariste pour aboutir à l'anarchie et à la tyrannie.

 

On constate, à travers le temps, dans l'histoire des civilisations, l'existence de phases de croissance, de maturité de déclin et de mort. Ces quatre étapes sont analogues aux saisons et l'on peut parler de l'hiver, du printemps,de l'été et de l'automne des civilisations. Leur durée va décroissant, de l'hiver à l'automne. "Un des faits les plus graves, les moins remarqués, écrivait Michelet en 1870, c'est que l'allure du temps a tout à fait changé. Il a doublé le pas d'une manière étrange." Cette accélération de l'histoire traduit l'impression d'une succession de plus en plus rapide des événements. Et tout va se démodant à vitesse croissante.

 

Il n'existe pour nous autres, Occidentaux d'aujourd'hui, qu'un moyen âge : le Moyen Age, époque de l'histoire européenne qui a duré mille ans, du VIe au XVIe siècle, et qui sépare la chute de l'Empire romain d'Occident de la chute de l'Empire romain d'Orient. Plus précisément, la prise de Rome par les Vandales en 472 de la prise de Constantinople par les Turcs en 1453. Période transitoire entre l'Antiquité, plus précisément l'Empire romain qui en marque la fin, et les Temps Modernes. Cependant, dans la perspective que nous venons de développer et selon laquelle l'histoire est cyclique, la notion de moyen âge prend une acception plus vaste et caractérise la période intermédiaire qui sépare deux civilisations. Il est évident qu'en ce sens l'histoire de l'humanité a connu plusieurs moyens âges et que le Moyen Age occidental en est un parmi d'autres. L'Egypte antique, la Chine, parmi d'autres, ont connu des périodes de moyen âge. La montée de la puissance romaine a coïncidé avec la décadence du monde hellénistique... Il est non moins évident que l'avenir connaîtra d'autres moyens âges.

 

Marie-Françoise TOURET

 

© Droits réservés à Nouvelle Acropole. Article parut dans la revue Acropolis édité par Nouvelle Acropole.