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Mais le dieu Indra, qui voit tout, eut pitié du Génie du fleuve, car sans être sot, il agissait comme tel, engourdi par l'inertie et la facilité, déjà habitué à ce qu'on piétine son corps, humide et nauséabond comme une vipère morte. Avec le temps, le fleuve s'était ménagé des chemins plus lents et évitait les pentes rapides. Il était muet, il était laid et les belles Ondines ni les Fées des rivières ne l'approchaient, même pour fabriquer leurs miroirs magiques, par les nuits de pleine lune.
Un des serviteurs d'Indra assécha la terre devant le fleuve et la suréleva de façon qu'il fut contraint de dévier son cours. Le vieux fleuve, d'abord effrayé, commença par gémir, mais il découvrit bien vite le plaisir de sauter par dessus les pierres, et, rugissant, il abattit des arbres et s'ouvrit un chemin, franchissant des abîmes et s'élançant sur d'énormes rochers. Son eau, filtrée par le sable et les pierres, devint limpide, son lit fut de pierres et parfois de métal, dont les filons brillaient sur le fond comme les fouets de feu d'Indra lorsqu'il conduit les Maruts (1).
De son sein, autrefois sombre et lugubre, naquit l'écume blanche, puisque la blancheur n'apparaît pas s'il n'y a pas lutte, s'il n'y a pas purification.
Les poissons irisés qui remontent les eaux l'habitèrent et les claires lagunes qu'il laissait sur ses flancs, enchâssées dans les formidables rochers, furent embellies par les Elémentaux des eaux. Du reflet scintillant des étoiles, les nymphes firent leurs peignes magiques et des flaques profondes, elles tirèrent leurs miroirs magiques.
Les hommes cessèrent de le piétiner pour élever au dessus de lui des arcs de triomphe, qu'ils appellent des ponts.
Les animaux le traversaient à la nage puis, propres et luisants, commentaient la force du fleuve. Enfin, quand il arrivait jusqu'à sa mère, le Gange, il était reçu par les ovations des autres eaux qui se mêlaient aux siennes avec des cris de joie.
Voyant tout cela et bien d'autres choses que je ne vous ai pas contées, Indra pensa à tous les êtres humains qui ne tirent pas profit des opportunités qui leur sont offertes et continuent à se comporter comme des fleuves lents et boueux, sans courage et sans gloire. Deux larmes coulent alors sur Son Visage incandescent et ainsi apparaissent les nuées, et tout dans la Nature devient gris et se lamente sur la stupidité humaine.
Georges LIVRAGA
Traduit de l'espagnol par Nicole LEVY
1. Dieux de la tempête |