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C'est à l'époque néolithique, alors que l'être humain invente l'agriculture et l'élevage et se sédentarise - il y a environ 5000 ans, c'est-à dire 2000 ans avant la construction des pyramides - que furent érigés les premiers mégalithes, en Asie, en Afrique et en Europe.
Contrairement à ce que l'on croit souvent, en effet, les Celtes n'en furent pas les constructeurs. Gaulois et Bretons les trouvèrent à leur arrivée en Bretagne et les réutilisèrent, sans connaître sans doute l'intention primitive de leurs architectes. Les Bretons en particulier christianisèrent certains d'entre eux, en les gravant, en les surmontant d'une croix ou en expliquant leur origine par des légendes liées à la vie des saints.
On trouve, en Europe, entre 50 000 et 100 000 mégalithes, tout au long de la côte atlantique. Un des sites les plus remarquables se situe en Bretagne, dans le Morbihan, dans la région de Carnac.
Les alignements de Carnac
"L'architecture" la plus remarquable et la plus caractéristique de la région est l'alignement de menhirs de Carnac. Trois séries se succèdent en suivant l'orientation générale Nord-Est/Sud-Ouest :
L'alignement de Kerlescan comporte treize files de menhirs convergentes ; l'alignement de Kermario (dix files) est le plus grand et comprend les menhirs les plus beaux et les plus élevés et un tertre tumulaire, le Manio, au sommet duquel est érigé un menhir gravé de cinq serpents ; enfin, l'alignement du Menec (douze files) a conservé une structure complète, avec un cromlech à chaque extrêmité, ce qui lui confère un caractère exceptionnel sans équivalence dans le monde.
Un savant a mis en évidence le fait qu'une des figures géométriques de base présidant à la construction des alignements était le triangle rectangle.
Quant au quadrilatère de Crucuno, rectangle de 22 pierres qui émerge des ajoncs, parfaitement orienté par rapport aux points cardinaux, il indique les levers et couchers du soleil aux solstices et aux équinoxes, ainsi que ceux de la lune, à son maximum et à son minimum de déclinaison, en été comme en hiver.
Carnac serait un gigantesque calendrier et il semble que le Manio, menhir isolé mais imposant, au cœur des alignements, représente le centre du lieu, point de rencontre entre ciel et terre, point de convergence et de naissance des directions de l'espace.
Il serait naïf de penser que les restes très fragmentaires qui nous sont parvenus puissent nous donner la signification précise de ces alignements. Mais il est sûr que la ou les civilisations mégalithiques avaient un système de croyances, de traditions religieuses, rituelles, ésotériques et astrologiques très élaboré, sur lesquelles l'anthropologie peut nous apporter quelque éclairage, par comparaison avec d'autres civilisations. Les bâtisseurs de mégalithes avaient orienté leurs sites en certains moments privilégiés de l'année, déterminés par un calendrier qui donnait vie et mouvement à l'espace en le reliant au rythme cosmique.
Le tumulus de Gavrinis
Situé dans la petite île aux chèvres, dans le Golfe du Morbihan, il est célèbre pour ses gravures et considéré comme le plus beau monument mégalithique au monde.
ULn cairn de pierres et de terre, de 8 m de haut et de 100 m de tour, recouvre un couloir de 13 m de long, dont les supports latéraux sont gravés. Il conduit à une chambre intérieure dont le plafond est constitué d'une unique pierre de 4 m sur 3 et de près de 17 tonnes, dont les supports sont également ornés de gravures.
C'est la décoration intérieure qui fait la notoriété de Gavrinis. Ses gravures reproduisent les motifs habituels de l'art mégalithique, haches, arcs, flèches, serpents, chevrons, zigzags, etc. Cependant les motifs les plus fréquents sont des cercles et demi-cercles évoquant des empreintes digitales ou des vibrations de champs magnétiques.
Quelle qu'ait été la fonction de ce tumulus - on n'a à ce sujet aucune certitude - un sentiment puissant s'empare de son visiteur : celui d'être admis dans le sein de la Terre, de pénétrer au cœur même du monde souterrain.
Locmariaquer : la Table des Marchand et la Pierre de la fée
Ainsi dénommée d'après ses anciens propriétaires, la Table des Marchand est un dolmen à couloir classique, autrefois noyé dans un cairn à peu près circulaire. Son couloir, orienté par rapport au lever du soleil au solstice d'hiver, s'ouvre vers le Sud-Est, face au Golfe du Morbihan.
Pénétrant à l'intérieur de la chambre dolménique, les rayons solaires éclairaient à Noël l'un des fleurons de l'art mégalithique, une magnifique dalle de grès dont la forme ogivale est doublée par une sculpture en bas relief évoquant l'image schématisé de la "déesse mégalithique". Cette stèle est ornée de quatre rangées de "crosses". Par éclairage latéral, on distingue au centre de l'écusson une forme circulaire, "un petit soleil".
Selon certaines hypothèses -parmi d'autres-, cette ogive sculptée représenterait un calendrier mégalithique sur lequel auraient été inscrites les principales étapes de l'année agricole.
A une cinquantaine de mètres de la Table des Marchand gît Men er grah -la Pierre de la fée -, le plus grand menhir d'Europe, en quatre tronçons (il semble qu'un cinquième ait disparui).
De sa hauteur imposante de 23 m, le monolithe semble avoir été utilisé pour prévoir les éclipses. Il représente de "cran de mire" d'un gigantesque observatoire destiné à suivre les variations cycliques de l'orbite lunaire à partir de huit points de visée répartis de Quiberon à Arzon.
Ce colossal bloc de granit aurait été délibérément abattu, pour des raisons qui nous restent inconnues, dès le Néolithique, avec d'autres. En effet, la dalle qui constitue le plafond du tumulus de Gavrinis se raccorde à deux autres, situées l'une et l'autre à Locmariaquer, à 4 kms à vol d'oiseau de Gavrinis. Celle qui a servi à la couverture de la Table des Marchand et celle du caveau d'Er Vringlé. Leurs arêtes et les motifs gravés coïncident et elles proviendraient d'un même menhir, de 14 m de haut, abattu et débité pour recouvrir ces sites.
De quels moyens disposaient donc leurs bâtisseurs pour travailler, transporter et ériger ces gigantesques monuments de pierres ?
Actuellement Carnac et bien d'autres sites meurent de l'insouciance et de l'ignorance de leurs visiteurs. De nombreux mégalithes menacent de tomber, le tumulus de Gavrinis a dû être fermé. Utilisés comme hangars à vélos, pissotières ou abris pour animaux, de nombreux dolmens et allées couvertes sont laissés à l'abandon.
Puissent, longtemps encore, menhirs et dolmens dessiner sur le sol de Carnac le jeu éternel de la verticale et de l'horizontale, de la vie et de la mort, du ciel et de la terre, traces énigmatiques qui nous relient à de lointains ancêtres dont nous n'avons plus souvenir ; qui ouvrent grand pour nous les portes du rêve, nous rappelant que le monde est tellement plus grand et plus merveilleux que nous ne le croyons ; qu'il ne tient qu'à nous de partir à la découverte.
Nathalie Bénéroso
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