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Conflits, comment les résoudre ?
Laura Winckler
Qui ne s'est pas mis en colère contre une attitude désabusée, une agression, une opinion contraire à la sienne ou toute situation lui semblant s'écarter du juste et de ce qui est dû à sa personne ? Comment retenir cette réaction qui vient en nous et résoudre harmonieusement nos conflits ?

Lorsque l'agressivité s'exprime en nous, notre première réponse provient des profondeurs de notre cerveau reptilien. Elle nous amène à protéger notre territoire physique et psychique, faisant de l'autre un adversaire à détruire, car il menace notre propre survie ou tout simplement notre confort.

En général, lorsque nous cédons à la colère, nous "ne connaissons pas le lendemain", car nous perdons toute capacité de voir la réalité de façon objective et nos habitudes et nos préjugés nous aveuglent au point de nous laisser parfois entraîner à un mot malheureux ou un geste violent que l'on pourra regretter ou payer toute sa vie, comme nous le prouvent de nombreuses tragédies de l'histoire humaine.

Mais, sommes-nous contraints à agir toujours de cette façon ou bien, est-il possible de faire autrement pour résoudre les conflits et les désaccords qui ne manqueront pas de se manifester dans notre existence ? C'est en faisant appel à notre intelligence émotionnelle, c'est-à-dire à notre capacité de mieux gérer notre ressenti affectif et notre intelligence relationnelle que nous pouvons prendre du recul et résoudre positivement les opposés. Comment les transformer en opportunité  pour devenir meilleurs, nous et les autres, en  trouvant des solutions créatives et originales au conflit qui puissent favoriser les deux parties.

 

Comment transformer l'autre en partenaire ?

 

Lorsque l'agression vient d'autrui, le premier conseil avisé des sages de tous les temps est de ne pas rentrer dans sa colère. On va donc le laisser se décharger en considérant ses insultes ou violence comme une sorte de "cadeau" dont on ne voudrait pas, pour reprendre un enseignement du Bouddha. On essayera de comprendre ce qu'il veut dire derrière ses mots ou ses gestes, car il exprime un malaise ou une perte de contrôle de ses propres moyens. C'est comme l'attitude du pratiquant des arts martiaux, qui prend de la distance par rapport à l'autre, en la prenant par rapport à sa propre agressivité. L'ennemi est avant tout intérieur et il faut parvenir à le débusquer pour ne pas s'identifier à lui.

 

Donc, le premier exercice est une auto observation sans jugement pour parvenir à une prise de distance par rapport à nos émotions, comprenant les causes qui les provoquent et mesurant froidement les conséquences d'une parole ou d'un geste maladroit. Les pythagoriciens conseillaient de tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant toute parole. Cela est particulièrement utile quand nous nous sentons perdre le contrôle d'une situation.

Ensuite, savoir écouter l'autre, avec une véritable écoute active de notre être total qui engage non seulement notre discours, car parfois notre attitude exprime le contraire de nos paroles. Il faut que l'autre se sente écouté, compris, respecté, car c'est la condition essentielle pour qu'à son tour, il puisse aussi se mettre en attitude d'écoute et qu'un véritable dialogue s'instaure.

 

 

Une écoute active

 

Aussi, vaincre nos préjugés et aider le querelleux à sortir de sa colère, en lui posant d'une voix calme, des questions qui lui permettront à son tour de "se refroidir" et aller plus au fond de la situation comprenant que nous cherchons à proposer des solutions utiles pour les deux parties.

Cela implique aussi la pratique de l'empathie, de la capacité de se mettre à la place de l'autre, pour vraiment s'ouvrir au dialogue. Comme le dit ce proverbe des Indiens d'Amérique, "personne ne peut comprendre l'autre s'il n'a pas marché dans ses mocassins pendant deux lunes".

 

Écouter, laisser l'autre s'exprimer, reformuler et s'il le faut, exprimer notre désaccord mais en fondant notre discours et sans chercher à contrôler l'autre ,sont quelques étapes nécessaires pour rétablir le dialogue et transmuter la colère avec un profond sentiment d'amour et de respect d'autrui.

Par ailleurs, nous devons relativiser la situation, la prendre avec un peu d'humour, en l'allégeant,  pour nous intéresser davantage à l'être humain qui est devant nous. Il mérite que l'on s'intéresse à lui en tant qu'être humain et pas comme "objet" duquel je vais tirer un quelconque profit.

C'est intéressant de nous  prendre en flagrant délit d'égocentrisme et possessivité, car c'est encore l'expression de notre moi animal qui aura tendance à cataloguer le monde environnant en termes de proies à prendre ou des dangers à esquiver, dans une logique de soumission - domination, comme l'évoque encore un proverbe arabe qui dit : "si tu te fais grand, je me fais petit ; si tu te fais petit, je me fais grand ".

 

Si nous sommes capables de reconnaître la différence entre l'autre et nous, nous mettant réellement à sa place ; oeuvrant dans une attitude d'écoute ouverte ; ne cherchant pas à le dominer ou lui imposer notre point de vue ; en posant les bonnes questions, il est possible de parvenir à un dialogue constructif où l'on partage sa "droiture" et des finalités communes, intégrant les intérêts particuliers dans une vision d'ensemble.

Cela nous demande avant tout, de commencer par écouter et reconnaître le violent en nous, l'apaiser et agir d'une façon chaque fois plus humaine.  Pour cela, il nous faut apprendre à nous aimer mieux pour mieux aimer l'autre.

 

 

 

 

Exergue

"Un homme querelleur ne connaît pas le lendemain.

Reste loin d'un homme hostile

Ne le laisse pas devenir ton camarade ;

Lie-toi avec celui qui est droit et vrai.

Celui dont tu as vu les actions.

Si ta droiture vaut la sienne,

L'amitié sera équilibrée. "

Extrait des Instructions d'Ani (sagesse égyptienne)

 

 

© Droits réservés à Nouvelle Acropole. Article parut dans la revue Acropolis édité par Nouvelle Acropole.