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Jésus et Bouddha,Deux Maîtres et une sagesse pour le XXIe siècle
Laura Winckler
Bouddha et Jésus sont deux grands maîtres spirituels, respectivement en Orient et en Occident, dont le rayonnement et l'impact ont traversé plus de deux millénaires. A l'heure où la culture d'Orient se croise avec celle de l'Occident, peut-on trouver des dimensions communes à leur sagesse ?

L'histoire de Jésus et Bouddha offre des points de comparaison innombrables. Tout d'abord, leurs deux naissances auront quelque chose de miraculeux. Elles se dérouleront lors d'un voyage et attireront la présence de vieillards, Siméon, le pieux et Asita, l'ascète, qui reconnaîtront dans ces enfants des futurs sauveurs de l'humanité. "Guidé par l'Esprit, Siméon vint au temple, et quand les parents entrèrent, portant l'enfant Jésus pour faire ce qui prescrivait la Loi, Siméon le prit dans se bras et loua Dieu, car il avait vu le Messie du Seigneur" (Luc, 2.25-28)

"Le sage aux longs cheveux regarda l'enfant, et avec une grande joie le prit dans ses bras et dit : "Il n'y a rien de comparable à ceci : voici l'ultime, voici l'homme parfait". (Sutta Nipata, 689.691)

 

Le Bouddha était fils de roi, de la famille des Sakya et après avoir vécu en prince, il quitta le monde et devint ascète. Jésus naît dans une famille modeste, mais on fait remonter son arbre généalogique jusqu'au roi David, le faisant par là également un descendant des rois.

 

Vers la trentaine, chacun d'eux vivra des expériences transformatrices. Ils devront vaincre soit le démon soit Mara, le tentateur. ls atteignent alors l'éveil à leur nature divine et retournent servir l'humanité par leurs paroles et leurs actes.  

"Car le Fils de l'Homme n'est pas venu pour être servi mais pour servir, et pour donner sa vie en rançon pour une multitude". (Marc, 10.45)

"Je suis votre caution pour ne pas revenir, pour ne pas subir la lourde loi de la réincarnation". (Itivuttaka 1.1.6)

 

Ni Bouddha, ni Jésus ne souhaitent créer de nouvelles religions. Ils aspirent à réformer la société, en apportant une exigence morale d'application des principes, pas toujours bien acceptée par les instances au pouvoir. Leurs messages comportent une dimension universelle qui transgresse les convenances sociales de leur temps et dans ce sens provoquent des réponses plus ou moins violentes dans leurs sociétés respectives. Le Bouddha, bien qu'attaqué par les brahmanes pourra continuer à enseigner jusqu'à son extinction naturelle à l'âge de quatre vingt ans. Jésus, au contraire, sera condamné et s'offrira en sacrifice pour l'humanité à travers sa crucifixion.

 

Leurs morts sont ressenties profondément par la nature toute entière qui s'exprime par des tonnerres et tremblements de terre.  "De nouveau, Jésus poussa un grand cri. Il rendit le souffle. Alors le voile du Temple se déchira en deux de haut en bas. La terre trembla. Les pierres se fendirent". (Matthieu, 27.50 et 51) "Lorsque le Seigneur Béni trépassa, il y eut un grand tremblement de terre, terrible, à faire dresser les cheveux sur la tête, accompagné par un bruit de tonnerre." (Digha Nikaya, 16.6.10)

 

Il y eut un mouvement progressif de divinisation de leur personne. Celle du Christ s'acheva lors du Concile de Nicée au IVe siècle ; le Bouddha terrestre quant à lui devint aussi le Bouddha cosmique quelques siècles plus tard. On peut comprendre ceci par l'impact de leur enseignement sur leurs disciples et successeurs. D'ailleurs, les deux maîtres comptaient sur le fait que, après leur départ, ce soit leur propre enseignement, et surtout son application, qui devienne le véritable maître.

"Dans un instant, le monde ne me verra plus, mais vous me verrez, vous autres ; puisque je vis, vous aussi vous vivrez." (Jean. 14.19)

"Et le Seigneur dit : "Il se pourrait que vous pensiez : "les instructions du Maître ont cessé, nous n'avons plus d'instructeur !" Il ne faut pas voir les choses ainsi, car ce que je vous ai enseigné et expliqué sera, quand je serai passé votre instructeur." (Digha Nikaya, 16.6.1)

 

Leurs enseignements communs

 

Tels deux médecins de l'âme, ils proposent une nouvelle vision de l'homme et de l'humanité dépouillée du carcan aveuglant de l'égoïsme, de la séparativité et de l'exclusivisme. C'est en pratiquant des valeurs de générosité, de compassion et d'ouverture à l'autre que la Pleine Conscience ou le Saint Esprit peuvent faire naître au coeur de chacun la graine du Bouddha ou la graine de sénevé, la nature lumineuse de l'esprit.

 

Leur enseignement se veut avant tout pratique et éthique pour les laïques, même s'il était plus complet pour les moines ou les disciples plus directs. Ils proposent une purification, donc un dépouillement de l'être de l'ignorance qui l'aveugle et le conduit à l'erreur.

 

Seule la pratique permet de devenir de véritables disciples de leur sagesse et non une adoration aveugle ou intéressée.

"Je vous montrerai à quoi ressemble celui qui vient près de moi, entend mes paroles et les met en pratique. Celui-ci ressemble à un homme qui, pour construire sa maison, a creusé profondément et a bâti les fondations sur la pierre. Quand l'inondation est arrivée, l'eau est jetée contre la maison mais n'a pu l'ébranler parce qu'elle avait été solidement construite. Celui qui m'a entendu mais n'a rien mis en pratique ressemble à un homme qui a posé sa maison sur la terre, sans fondations. Lorsque l'eau s'est jetée contre la maison, la maison s'est écroulée aussitôt, et grande a été la ruine de cette maison." (Luc 6. 47-49)

"Comme la pluie s'infiltre dans une maison qui a une mauvaise toiture, ainsi la passion s'insinue dans un esprit que l'on ne cultive pas. Comme il ne s'infiltre pas de pluie dans une maison couverte d'une bonne toiture, la passion ne pénètrera pas un esprit cultivé." (Dhammapada 1.13-14)

 

 "Quiconque commet une faute devient esclave de sa faute." (Jean 8.34)

 "Ceux qui sont sous l'emprise du désir insatiable rampent comme des lapins pris au piège" (Dhammapada 24.9)

 

Leur enseignement commun tient à un non attachement à notre propre ego qui permet de se sentir solidaire de l'humanité et de vivre cette humanité commune avec discernement pour respecter en même temps ces différences nécessaires à l'harmonie du monde.

 

 

Y a-t-il une source commune à leur sagesse ?

 

Le Bouddhisme étant plus ancien que le Christianisme, on s'est s'interrogé sur les influences qu'il aurait pu exercer sur ce dernier à travers les royaumes gréco-bouddhistes. Au delà de l'hypothèse historique, leur parallélisme s'est expliqué par la profondeur de leur vécu spirituel. Ces êtres, qui ont atteint des sommets intérieurs, éclairent une semblable réalité de leur regard éveillé.

 

Jésus et Bouddha pourraient également être ce que les Hindous appellent des avatars et les traditions du bassin méditerranéen des prophètes. C'est-à-dire des êtres "descendus" sur terre (c'est le sens premier du mot sanscrit avatar), inspirés d'une même source et porteurs d'une même vérité, dans des périodes historiques et des lieux différents. Bien que la doctrine des avatars soit typiquement hindoue elle trouve des échos dans le judaïsme et dans le bouddhisme. Le judaïsme s'inscrit dans une tradition des prophètes et reste dans l'attente du Messie ; quant au Bouddha historique, qui se situe dans la continuité de sept Bouddhas antérieurs, il se prolonge dans le Bouddha à venir nommé Maitreya.

 

Aujourd'hui encore, leur enseignement est lumière au cœur d'un siècle de confusion et de violence.

 

Lectures conseillées :

Dalaï-Lama, Le Dalaï-Lama parle de Jésus, Editions J'ai Lu, 2000

Thich Nhat Hanh, Bouddha et Jésus sont des frères, Ed. Le Relié,2001

Liogier Raphael, Jésus, Bouddha d'Occident, Ed. Calmann-Lévy,1999

 

 

En exergue

 

Jésus et Bouddha, en tant que maîtres spirituels, auraient-ils été inspirés par une seule et même source cosmique, tels des avatars apparaissant à différentes périodes de l'histoire de l'humanité mais porteurs de la même vérité ?

Borg Marcus et Kornfield Jack, Jésus et Bouddha, paroles parallèles, Ed. Kunchab, 2002.

 

Mettre la couverture du livre en illustration de l'exergue

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© Droits réservés à Nouvelle Acropole. Article parut dans la revue Acropolis édité par Nouvelle Acropole.