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Et si nous devenions une planète engloutie ?
Fernand Schwarz

La question qui se pose à nous aujourd'hui est de savoir si nous ne sommes pas en train de concentrer nos efforts sur de fausses priorités quant à la préservation du bien-être des hommes et de la civilisation. Car, aujourd'hui, les probabilités que notre civilisation disparaisse à cause de problèmes climatiques semblent supérieures à celles liées au terrorisme. Tom King, ministre de Tony Blair, déclarait début janvier dans le magazine Science "le changement climatique est le problème le plus grave auquel nous sommes confrontés aujourd'hui, plus sérieux même que la menace terroriste." Cela ne signifie pas, bien entendu, qu'il faille cesser de s'occuper du problème posé par le terrorisme, mais que les bouleversements climatiques semblent faire peser une menace encore plus lourde sur notre avenir. De son côté le magazine National Geographic déclare "si la nature cesse de nous aider, des changements drastiques pourraient survenir avant 2050, c'est-à-dire trop tôt pour être évités." (1)

 

 

Une menace collective

 

La question du climat est un problème de fond qui ne concerne pas seulement un groupe humain ou certaines sociétés, mais bien la planète toute entière. Le réchauffement climatique, maintenant attesté par les scientifiques, après avoir été longtemps prédit, et dont l'ampleur et la rapidité dépassent les variations connues de l'histoire, ravage toute la planète et menace sa sécurité. Ceci ne concerne ni une puissance en particulier, ni une culture. Il est clair que, pas plus qu'on ne peut répondre à la menace terroriste de façon isolée, on ne saurait assurer la protection climatique et la sauvegarde écologique de la planète sans une collaboration de tous et des prises de décision au plus haut niveau. Il faut saluer à cet égard la proclamation en France de la lutte contre le changement climatique comme grande cause nationale 2004 et la convention de l'UNESCO pour la préservation du patrimoine naturel.

 

 

Un nouveau mode de vie

 

Il s'agit petit à petit d'agir avec une conscience du long terme, plus généreuse et sensible vis-à-vis du vivant et de l'avenir de l'humanité qui nous rende coresponsables de la terre, et qui nous permette d'intégrer nos devoirs vis-à-vis d'elle et pas seulement nos droits. Comme s'en inquiète l'anthropologue Philippe Descola (2), si l'on garde "le seuil de rentabilité" comme seul critère, "demain, humains et non humains auront disparu. La terre sera vide". Et d'ajouter que nous partageons la même destinée, humains et non-humains. C'est pourquoi il propose des changements de comportement vis-à-vis de la nature et des autres êtres vivants.

 

Ceci implique une nouvelle éducation qui prenne en compte des paramètres tels que le respect envers la nature et tous ceux qui y habitent. Une telle éducation n'est pas sans lien avec la nécessité de changer nos formes de consommation et de production, afin de nous orienter vers des modes de vie qui préservent les ressources naturelles, plutôt que de les considérer comme des biens à exploiter sans contrepartie. Cela mériterait qu'on y réfléchisse bien pour ne pas se retrouver dans une planète engloutie....

 

(1) National Geographic, février 2004

 

(2) Le Figaro Littéraire, 22 janvier 2004

 

© Droits réservés à Nouvelle Acropole. Article parut dans la revue Acropolis édité par Nouvelle Acropole.