accueil       retour       imprimer  
   
Dieu
Délia Steinberg Guzman
Maya (1), ceux qui te connaissent un peu disent que tu as essayé de cacher la racine de l’existence aux yeux des hommes, que tu as essayé par tous les moyens de les garder aveugles, dans l’ignorance, pour pouvoir ainsi mieux jouer avec eux… Ils disent tout cela de toi, Maya…

Néanmoins, tu as conçu une excellente formule pour atteindre exactement le contraire de ce qu’on t’attribue. Il est certain que tu joues, il est certain que tu tends des filets subtils pour piéger les hommes dans le monde illusoire de la matière ; il est certain que tu préfères la continuité de la roue de la vie à la libération définitive, car tu vis avec ceux qui vivent… Tout cela est certain, mais tu ne nies pas Dieu, ni ne le caches davantage que tu ne caches toute autre vérité.

Chacun de tes pas, chaque détour du chemin, chaque jeu, chaque nuance d’ombre et de lumière, est une invitation au questionnement, à la recherche du pourquoi des choses. Comme l’enfant du début de cet ouvrage qui jouait en sachant qu’il jouait, sans cesser de jouer pour autant.

Tu répètes inlassablement tes lois, faisant en sorte qu’à force de revenir toujours sur les mêmes pas, nous puissions un jour nous interroger sur le sens de ces pas.

Qui dirige le jeu ? Maya.

Et qui dirige Maya ? Dieu.

Dieu est la racine de l’existence. L’existence manifestée suppose un jeu de valeurs jusqu’à ce que, de la dualité, surgisse l’équilibre et qu’on puisse retourner à la racine. C’est Maya qui coordonne le jeu mais, une fois qu’il aura pris fin, elle aussi retournera au sein même du Mystère avec tous les vainqueurs de la vie.

 

Dieu, dans le jeu de la vie on T’a attribué tant de noms…Les hommes sont allés jusqu’à se battre pour Tes noms… On T’a octroyé tant de visages… Les hommes sont allés jusqu’à se battre durement pour imposer une de Tes représentations sur les autres… On T’a alloué tant d’attributs… Les hommes continuent encore à discuter des qualités supposées dont ils Te parent, oubliant que pour chaque qualité qu’ils Te donnent, il en reste un monceau qu’ils Te retirent… sans se souvenir alors que Tu es absolu et que Tu intègres tout en Toi…

Dieu, ils T’ont consacré des milliers d’écrits philosophiques, de controverses et de doctrines. Les plus beaux poèmes ont été écrits en Ton nom. Des livres et des paroles sur Toi ont rempli l’histoire et continuent à la remplir…

Que puis-je Te donner ?

Hors de tout jeu, au-delà de toutes les spéculations intellectuelles, je ne trouve pas pour Toi d’autre nom meilleur que le Tien : Dieu. Et je ne peux t’offrir que ma dévotion sous forme d’œuvres. Mienne est l’intention, Tien le jugement.

 

(1) Maya : mot sanscrit, représente l’illusion avec apparence de réalité pour la philosophie hindoue.

 

 

© Droits réservés à Nouvelle Acropole. Article parut dans la revue Acropolis édité par Nouvelle Acropole.