Du latin Dignitas, la dignité est la «qualité de celui qui est dignus, dérivé de decet (il convient)» (1). La dignité humaine fait référence à une valeur intrinsèque et particulière de l’être humain. Ce principe de dignité humaine, Kant l’a formulé ainsi : «agis toujours de telle sorte que tu traites l’humanité, dans ta personne aussi bien que dans la personne d’autrui comme une fin et non comme un moyen» .
Il y a donc une morale de la dignité humaine dont le principe fondamental est le respect de la nature humaine en soi et dans les autres. La dignité apparaît donc comme une composante de la condition humaine, un droit naturel, une valeur universelle absolue et intangible. Elle figure à ce titre en préambule à la Déclaration universelle des Droits de l’Homme : «considérant que la reconnaissance de la dignité humaine inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde…».
Agir avec dignité
Naître homme, c’est être porteur de cette dignité que nous partageons tous. Elle n’est pas remplaçable et n’a pas de prix. La source de la dignité est la nature supérieure spirituelle de l’homme, mais elle ne se manifeste qu’à travers un comportement. Elle nous amène à agir conformément à ce qui fait notre valeur en tant qu’homme.
Ce comportement implique un effort pour que nos attitudes ne soient pas soumises à nos passions et nos instincts mais guidées par nos vertus, telles que la générosité, l’humilité ou encore l’amour. Être digne c’est donc agir dignement.
Ceci implique d’éduquer l’homme à honorer par ses actes les idées de dignité humaine non comme des obligations sociales extérieures mais comme une authentique vie morale. Une telle éducation amène à considérer l’homme digne en lui-même et comme citoyen de la famille humaine. Cette dignité, si nous savons déjà la reconnaître à l’intérieur de nous-même, peut nous rendre plus solidaires, responsables et fraternels.
Peut-on perdre sa dignité ?
Certains de nos actes peuvent manquer de dignité ou porter atteinte à la dignité d’autrui lorsqu’ils sont empreints d’égoïsme ou de médiocrité. Mais la dignité ne disparaît jamais complètement. Elle peut seulement être obscurcie par notre ignorance ou notre impuissance à la rendre tangible. Nous aurons toujours la possibilité de la reconquérir pour apprendre, petit à petit, à nous maintenir dans l’état de dignité.
Ainsi la grandeur de la dignité de l’homme serait déjà cet effort permanent pour rester digne à chaque instant de sa vie, un courage tout à fait noble de rester digne face aux multiples épreuves de la vie.
Depuis l’Antiquité, les écoles de philosophie avaient pour mission de rendre la dignité humaine réelle et bienfaisante pour tous les autres hommes. Aujourd’hui, plus que jamais il faut redevenir philosophe.
(1) Dictionnaire de la langue philosophique, P. Foulquie et R. Saint-Jean, Presses universitaires de France. 1969
«L’homme est le mieux loti des être animés, digne par conséquent de toute admiration…ni céleste, ni terrestre, ni mortel ni immortel…doté pour ainsi dire du pouvoir arbitral et honorifique de [se] modeler et de [se]façonner [lui]-même…Il nous appartient, puisque notre condition native nous permet d’être ce que nous voulons, de veiller par-dessus tout à ce qu’on ne nous accuse pas d’avoir ignoré notre haute charge…Dans notre âme convenablement disposée et purifiée, nous verserons la lumière de la philosophie naturelle, pour finalement la rendre parfaite par la connaissance des choses divines.»
Pic de la Mirandole, discours sur la dignité de l’homme |