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Edito 185
Fernand SCHWARZ
La peur de la vie

Notre monde devient de plus en plus dangereux et de plus en plus violent ainsi que le démontre le nombre croissant de foyers de conflits. On avait pensé que, après la chute du mur de Berlin, le monde deviendrait plus pacifique. Il n’en est rien. Chaque jour nous offre une réalité plus instable et plus dangereuse car plus rien n’est prévisible. Ainsi, notre nouveau défi semble être celui d’apprendre à vivre dangereusement. C’est un conseil que tous les philosophes ont donné dans le passé, mais l’Occident a cru pouvoir s’en passer et éviter cet effort.

 

C’est pourquoi rien n’est fait pour aguerrir les nouvelles générations face aux incertitudes de la réalité. Car il n’est pas seulement question de trouver un emploi, mais d’éviter d’être victime de la violence aveugle et des dangers toujours plus réels dans une société de plus en plus fragile.

 

 

Le mal de vivre des jeunes

 

Le danger le plus grave à signaler est que s’installe la peur de vivre. Cette peur peut sembler incongrue dans une société comme la nôtre qui offre tellement d’abondance. En étudiant les statistiques publiées par le Ministère de la Famille et de l’Enfance, on constate que la deuxième cause de mortalité chez les jeunes de quinze à vingt-quatre ans est le suicide, la première étant les accidents de la route. C’est un constat qui se confirme depuis de nombreuses années.

Il existe aussi les équivalents suicidaires qui guettent la jeunesse, tels que les alcoolisations aiguës répétées, la consommation de drogue, la sexualité à haut risque (partenaires multiples, absence délibérée de protection) ou les troubles sévères du comportement alimentaire. À ceci s’ajoute le fait que 5% d’adolescents souffrent de dépression dont la moitié s’installe dans la chronicité. Mis bout à bout, le pourcentage des jeunes touchés par le phénomène de la peur de la vie atteint 10 à 20%.

 

Il est clair, comme le disent les experts, qu’il faut favoriser toutes les démarches volontaires des jeunes vers une meilleure connaissance d’eux-mêmes. Ceci est bien entendu la proposition de la philosophie depuis Socrate. On peut vaincre la peur de la vie à travers le «connais-toi toi-même». En effet, plus on se relie à son identité et au sentiment d’être, mieux on peut répondre à la question «à quoi sert la vie ?».

 

La philosophie fait perdre la peur de la vie et nous encourage vers l’aventure et la responsabilité, mais aussi vers la prise de risque. Aussi, on peut déplorer que notre système éducatif, au lieu de préparer les jeunes à la vie réelle, semble, bien au contraire, les en éloigner. Sous couvert de vouloir préparer les jeunes à la vie active, on les coupe de la vie tout court. Emplois du temps surchargés, absence de confrontation à la réalité, excès de compétition, promotion de la reconnaissance sociale et pas des valeurs d’être, pas d’incitation à l’introspection, bref, aucune formation intérieure pour tenir le choc de l’adversité et s’aguerrir pour le quotidien.

 

Ne laissons pas tomber les jeunes dans le piège de se sentir inutiles ou dépassés par la vie et aidons-les à devenir amoureux de la vie. N’avons-nous pas le souvenir, chacun, d’un professeur passionné de ce qu’il enseignait et qui est parvenu à nous faire aimer une matière qui nous était rébarbative et à dépasser nos craintes de ne pas y parvenir ? Les Orientaux avaient bien compris ce mystérieux pouvoir de l’amour qui permet de dépasser la peur. À notre tour d’apprendre aux jeunes à aimer la vie pour vaincre la peur de la vie.

 

Fernand SCHWARZ

Président de la Fédération des Nouvelle Acropole

© Droits réservés à Nouvelle Acropole. Article parut dans la revue Acropolis édité par Nouvelle Acropole.