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Edito 187
Fernand SCHWARZ
La Nature, maîtresse de vie

Les grandes catastrophes, qu’elles soient d’origine humaine ou naturelles, permettent de provoquer des sursauts inattendus de générosité, de solidarité et d’ingéniosité qui rassurent quant à la possibilité de rebondir de l’espèce humaine. La dernière tragédie humanitaire dans l’Asie du sud-est a particulièrement mis en lumière la capacité des populations asiatiques d’affronter la mort et la destruction, par la dignité admirable qu’elles ont su garder dans la douleur et la volonté de repartir avec une sérénité relative.

 

Parmi les choses inattendues de cette catastrophe, les scientifiques indiens se sont étonnés des capacités particulières qu’ont eu les trente mille indigènes des îles Nicobar et Andaman au large de l’Inde, à survivre au tsunami. Presque aucun d’eux n’a été atteint, malgré la proximité de l’épicentre, à trois cents kilomètres à peine. Leur perception du danger était telle, ainsi que leur cohésion et solidarité collective, qu’ils ont immédiatement «lu» les signaux d’alerte que la nature leur envoyait. À l’instar des éléphants du parc naturel de Thaïlande qui ont ressenti en même temps le danger, ils se sont réfugiés dans les hauteurs, se préservant ainsi du tsunami, et y  sont restés isolés durant quatre jours jusqu’à l’arrivée des secours.

 

Ayant trouvé qu’un système d’alerte sophistiqué serait trop coûteux et difficile à gérer, les scientifiques ont décidé de s’approcher de ces peuplades perdues, pour étudier le vaste et précieux savoir des indigènes dans le domaine de la survie mais aussi des plantes.

 

Peut-être avons-nous, comme les scientifiques indiens le croient, des leçons à retenir de ces peuplades semi sauvages qui ont développé un système de perception plus nuancé que celui des autres, plus insérés dans la civilisation.

 

Sans prêcher le retour au bon sauvage, il est clair que nous devons mener une réflexion plus profonde, profitant de l’immense douleur et du choc qu’a engendré ce raz-de-marée qui a provoqué la perte de plus de deux cent vingt mille personnes, sur le fait de réapprendre à percevoir la nature, pas seulement avec des moyens technologiques, qui seront toujours nécessaires, mais aussi avec des moyens intérieurs qui sont en nous.

 

L’homme moderne oublie souvent que les véritables solutions sont déjà en lui. L’observation de la nature et sa perception intime étaient une des voies de connaissance essentielles dans les anciennes écoles de philosophie d’Orient et d’Occident. Pour elles, la nature est maîtresse de vie et pas simplement une menace. Peut-être devrions-nous apprendre à mieux l’écouter pour pouvoir agir avec plus de sagesse lorsque son courroux nous le réclame.

 

Fernand SCHWARZ

Président de la Fédération Des Nouvelle Acropole

© Droits réservés à Nouvelle Acropole. Article parut dans la revue Acropolis édité par Nouvelle Acropole.